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Histoire de l'antisémitisme en Belgique

L'antisémitisme est un phénomène ancien qui a traversé les siècles en prenant des formes différentes selon les époques et les contextes politiques, religieux et sociaux. Si ses manifestations ont évolué, il repose sur un mécanisme récurrent : la désignation des Juifs comme un groupe étranger, menaçant ou responsable des difficultés rencontrées par la société.1

Comprendre l'histoire de l'antisémitisme permet de mieux identifier ses manifestations actuelles, dont certaines reprennent des préjugés et des accusations apparus il y a plusieurs siècles.

De l'Antiquité au Moyen Âge : les origines de l'hostilité envers les Juifs

Des formes d'hostilité envers les populations juives existaient déjà dans l'Antiquité, notamment en raison de leurs pratiques religieuses et de leur identité culturelle distinctes.

Avec l'expansion du christianisme, l'antijudaïsme religieux s'est progressivement développé en Europe. Pendant des siècles, les Juifs ont notamment été accusés collectivement d'être responsables de la mort de Jésus, une accusation qui a contribué à alimenter leur marginalisation et leur persécution.

Au Moyen Âge, cette hostilité s'est traduite par des discriminations, des restrictions professionnelles, des expulsions et des violences. Les communautés juives ont également été victimes de nombreuses accusations infondées, notamment de meurtres rituels, de profanation d'hosties ou d'empoisonnement de puits.

Lors de la peste noire, au XIVe siècle, les Juifs ont ainsi été accusés de propager l'épidémie, provoquant des massacres dans plusieurs régions d'Europe.

Ces accusations ont contribué à ancrer durablement des stéréotypes antijuifs dans les sociétés européennes.2

En Belgique, l’antijudaïsme médiéval est notamment illustré par la figure de Jonathas, un Juif accusé à tort de profanation d’hosties au XIVe siècle. Cette accusation entraîna, en 1370, la persécution de plusieurs Juifs de Bruxelles et de Louvain, qui furent torturés et exécutés.

La légende de cette prétendue profanation est encore représentée aujourd’hui dans les vitraux de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles.3

XIXe siècle : l'apparition de l'antisémitisme moderne

Au XIXe siècle, l'hostilité envers les Juifs connaît une transformation importante. À l'antijudaïsme religieux s'ajoutent des formes d'antisémitisme fondées sur des théories raciales, nationalistes et conspirationnistes.

Le terme « antisémitisme » se diffuse à partir de la fin des années 1870, notamment sous l'influence de mouvements politiques qui présentent les Juifs non plus uniquement comme un groupe religieux, mais comme une population prétendument étrangère et incompatible avec la nation.

Cette période voit également se développer des théories du complot attribuant aux Juifs un pouvoir occulte sur les banques, la presse, les institutions politiques ou l'économie mondiale.

L'affaire Dreyfus, qui éclate en France en 1894, illustre l'importance de l'antisémitisme dans les débats politiques et sociaux de l'époque.

Au début du XXe siècle, la diffusion des Protocoles des Sages de Sion, un faux document prétendant révéler un projet juif de domination mondiale, contribue à populariser ces théories conspirationnistes à l'échelle internationale.4

Ce phénomène s’observe également en Belgique, où ces idées se répandent dans certains mouvements nationalistes et d’extrême droite, notamment à Anvers. En 1937, l’organisation antisémite Volksverwering est fondée et diffuse une propagande ouvertement hostile aux Juifs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle collabore avec l’occupant nazi et participe aux persécutions de la population juive.5

La Shoah : l'aboutissement de l'antisémitisme nazi

L'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne, en 1933, marque une étape décisive dans l'histoire de l'antisémitisme.

Fondée sur une idéologie raciale, la politique nazie vise progressivement à exclure les Juifs de la société allemande, à les priver de leurs droits et à organiser leur persécution systématique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette politique aboutit à la Shoah, le génocide de six millions de Juifs d'Europe, assassinés par l'Allemagne nazie, ses alliés et ses collaborateurs.

Les persécutions prennent notamment la forme de déportations, de fusillades de masse, de ghettos, de camps de concentration et de centres de mise à mort.

En Belgique, les persécutions antijuives prennent une ampleur considérable sous l'occupation allemande. Dès 1940, les Juifs sont progressivement exclus de la vie économique et sociale par une série d'ordonnances discriminatoires. En avril 1941, un pogrom éclate à Anvers, où des militants antisémites s'attaquent à des commerces et incendient des synagogues. À partir de 1942, les rafles et les déportations s'intensifient. Plus de 25 000 Juifs sont déportés depuis la caserne Dossin, à Malines, principalement vers Auschwitz-Birkenau. Certaines autorités locales participent aux persécutions, tandis que des citoyens et des réseaux de résistance contribuent à sauver des vies.6

Aujourd'hui, Kazerne Dossin, mémorial, musée et centre de recherche consacré à la Shoah et aux droits humains, constitue un lieu de référence pour comprendre l'histoire des persécutions et des déportations en Belgique.7

Après 1945 : la persistance de l'antisémitisme en Belgique

La fin de la Seconde Guerre mondiale ne marque pas la disparition de l'antisémitisme en Belgique. Au lendemain de la Libération, de nombreux survivants de la Shoah se heurtent à d'importantes difficultés pour retrouver leurs biens et faire reconnaître leurs droits, tandis que les préjugés antijuifs persistent dans la société. 8

À la fin des années 1950, une nouvelle vague de manifestations antisémites suscite l'inquiétude des communautés juives et contribue à la mobilisation d'organisations de lutte contre l'antisémitisme. Parallèlement, la reconnaissance des persécutions spécifiques subies par les Juifs pendant la guerre progresse lentement, la transmission de leur mémoire reposant longtemps principalement sur les initiatives des survivants et des institutions communautaires.9

Les années 1980 : une vague d’attentats antisémites en Belgique

Les années 1980 sont marquées par une série d’attentats terroristes visant directement la communauté juive de Belgique. En juillet 1980, une attaque à la grenade contre un groupe d’enfants juifs à Anvers coûte la vie à un adolescent. En octobre 1981, l’explosion d’une voiture piégée à proximité d’une synagogue anversoise fait deux morts et de nombreux blessés. Le 18 septembre 1982, un homme armé ouvre le feu sur des fidèles devant la Grande Synagogue de Bruxelles, blessant plusieurs personnes. Enfin, le 3 octobre 1989, Joseph Wybran, médecin et président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), est victime d’un attentat antisémite sur le parking de l’hôpital Érasme à Bruxelles. Il succombe à ses blessures le lendemain. Cette succession d’attaques illustre la persistance d’un antisémitisme violent en Belgique, prenant notamment la forme d’actes terroristes ciblant les personnes et les institutions juives.

Les années 1990 : le renforcement de la lutte contre l'antisémitisme

Après les attentats antisémites des années 1980, les années 1990 sont notamment marquées en Belgique par un renforcement du cadre institutionnel et juridique de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. En 1993, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, prédécesseur d'Unia, est créé afin de combattre les discriminations et de promouvoir l'égalité. Deux ans plus tard, la Belgique adopte la loi du 23 mars 1995 réprimant la négation, la minimisation grossière, la justification ou l'approbation du génocide commis par le régime nazi. Ces évolutions témoignent d'une prise en compte croissante des manifestations de l'antisémitisme et de la nécessité de disposer d'instruments juridiques et institutionnels pour les combattre.

XXIe siècle : les manifestations contemporaines de l’antisémitisme

Au XXIe siècle, l’antisémitisme demeure une réalité en Belgique, prenant des formes multiples. Le 24 mai 2014, un attentat terroriste perpétré au Musée juif de Belgique, à Bruxelles, coûte la vie à quatre personnes, rappelant la persistance d’une menace violente visant les institutions juives. Parallèlement, l’antisémitisme se manifeste au quotidien à travers des agressions physiques et verbales, des discriminations, des menaces et des dégradations visant notamment des synagogues, des établissements et des biens appartenant à des personnes juives. Le développement d’Internet et des réseaux sociaux favorise également la diffusion de discours haineux, de stéréotypes antijuifs et de théories du complot. Les tensions liées au conflit israélo-palestinien peuvent par ailleurs s’accompagner d’une recrudescence des incidents antisémites, lorsque des personnes juives sont prises pour cible ou tenues collectivement responsables des actions de l’État d’Israël.

Depuis 2001, la plateforme Antisemitisme.be assure le recensement et la documentation des actes antisémites survenus sur le territoire belge, permettant de suivre l’évolution du phénomène au fil des années.

Comprendre le passé pour identifier les manifestations actuelles

L'histoire de l'antisémitisme montre que les préjugés antijuifs ont régulièrement été adaptés aux préoccupations et aux conflits de chaque époque.

Des accusations religieuses médiévales aux théories raciales du XIXe siècle, en passant par les récits conspirationnistes et les discours haineux contemporains, certaines représentations se perpétuent malgré les transformations de la société.

La connaissance de cette histoire constitue un outil essentiel pour reconnaître les différentes formes de l'antisémitisme, comprendre leurs mécanismes et contribuer à leur prévention.

Sources :

[1]Pour une présentation historique générale, consulter l'article du United States HolocaustMemorial Museum (USHMM) : L'antisémitisme : introduction.

[1]Pour approfondir : USHMM – L'antisémitisme dans l'Histoire : des débuts de l'Église à 1400.

[1]Chaidron, M. (2024). La légende de Jonathas : contexte et représentation. Séminaire trimestriel du Cercle Royal Archéologique d’Enghien, Ecuries du Parc, Enghien. https://hdl.handle.net/2078.5/232802

[1]Pour approfondir : USHMM – L'antisémitisme (version abrégée) et Yad Vashem – Les Protocoles des Sages de Sion (en anglais).

[1]https://encyclopedievlaamsebeweging.be/nl/volksverwering

[1]https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/persecution-des-juifs-a-anvers-une-situation-specifique.html?utm_source=chatgpt.com

[1]Pour approfondir : Kazerne Dossin – Mémorial et musée et USHMM – Introduction à la Shoah (en anglais).

[1]https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/population-juive-apres-la-liberation-la

[1] https://catalogue.archives.ulb.be/index.php/archives-du-centre-communautaire-laic-juif